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From: Benoit <ben...@ea...> - 2003-03-11 16:29:55
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Serge Bibauw wrote:
> Benoit a écrit:
>
>> (...) Mais puisqu'on en parle, mon point de vue est le suivant :
>> - Si un mot équivalent existe en français courant, on prend (exemples
>> : adresse, navigateur, lien, fenêtre)
>> - Si aucun mot équivalent n'existe en français, que le concept
>> n'existe même pas (exemples : pipelining, typeahead find), on PEUT
>> innover.
>> - Si aucun mot équivalent n'existe en français MAIS que le mot
>> anglais est usé régulièrement dans la population on ne doit pas
>> chercher à le forcer à faire autrement
>> (exemples : cookie, proxy). Je hais particulièrement les néologismes
>> forcés et surtout les mots-valises utilisés n'importe comment au
>> mépris de toute jurisprudence (heu oui :-)).
>
> Dans l'ensemble, je suis d'accord avec toi. Néanmoins, si on ne crée
> pas un très grand nombre de néologismes assez rapidement (tâche que
> pour l'instant seul l'Office de la LF du Québec fait correctement, les
> Commissions de terminologie et de néologie françaises et belges étant
> complètement à la traine), les francophones n'ont pas d'autres choix
> que d'utiliser les termes anglais. Il faut leur _proposer_ le plus
> possible de termes équivalents de façon à laisser l'usage faire son
> choix...
> Parallèlement, il ne faut pas non plus abandonner les tentatives de
> francisation pour des mots anglais déjà fort présents dans l'usage
> (comme "e-mail") : dans le passé, certains anglicismes ont finalement
> disparu ("teenager" par exemple, si j'en crois mes sources).
Parce que "adolescent" existait déjà non ? Je suis contre le
remplacement des mots qui existent en français par leur équivalent
anglais, mais si il n'y a _pas_ d'équivalent en français quelle est la
différence entre introduire un dérivé de l'anglais ou un mot tout à fait
artificiel ?
>> Par exemple, « courriel » est magnifique, la traduction est directe
>> (electronic mail => email; courrier électronique => courriel).
>> Contrairement à pourriel qui est à la limite du risible. Aucun mot ne
>> s'est jamais construit comme ça en français, il faut plutôt partir de
>> racines latines ou grecques ou même de l'aspect phonétique du mot
>> étranger (mais si vous avez des contre-exemples je suis bien entendu
>> ouvert à la discussion).
>
> À vrai dire, il est très relatif de dire si une façon de former les
> mots est bonne ou non. Le "français" ne s'est pas formé
> rationnellement. Il a simplement petit à petit dérivé du latin. Les
> mots que l'on utilise constamment sont pour souvent des mots latins
> qui ont évolué phonétiquement au cours des siècles.
> Un certain nombre de mots plutôt savants ont aussi été créés plus
> tardivement en réintroduisant une racine latine (par ex., le latin
> /frigidu/ a suivi une évolution phonétique régulière jusqu'à donner
> "froid", mais il a été réintroduit en 1706 par des intellectuels pour
> former "frigide").
> Beaucoup de mots savants, ou des termes spécifiques à certaines
> activités, ont été formés à partir de racines grecques francisées.
> Mais finalement n'est-ce pas une autre sorte de mots valises ?
> Il y a bien sur une masse de mots qui nous viennent d'autres langues
> (mots d'origines germanique ou celte, mais aussi arabe, italienne,
> scandinave, anglaise, etc.).
> C'est une déformation typique des francophones (écrasés par la
> sacro-sainte norme académicienne) de penser que le français doit
> plonger dans ses origines greco-latines pour s'enrichir. Le français,
> comme toute langue, n'est ni pur, ni homogène. Il est complètement
> arbitraire, hétérogène, irrationnel... Nos façons de considérer les
> origines et le futur de notre langue sont déformées par cette
> conception de la langue et nos habitudes. Il faut s'en défaire et
> accepter l'innovation, même si elle choque au début.
Dans ce cas précis, on est dans un contexte informatique qui est
clairement dominé par l'anglais, comme les mathématiques ont été
dominées par l'arabe (algèbre, chiffre, ...) précédemment.
Je serais plutôt pour l'adaptation des termes anglais dans une graphie
francophone. Tiens je me demande si les français accepteraient "couque"
comme traduction de cookie ;-)
Quant à l'exemple des racines gréco-latines (qui ont en plus parfois été
malheureusement mélangées) c'était juste un exemple de formation de mot
que je trouvais plus acceptable et qui porte moins à rire. Comme
quelqu'un l'a fait remarquer sur la liste, "pourriel" et "polluriel" ne
sont même plus des mots-valises au même sens que courriel.
> Néanmoins, je dis ça, mais je comprends tout à fait ton avis sur
> "pourriel". C'est vrai qu'il peut paraître assez ridicule, mais dans
> la mesure où aucun autre terme français ne convient à mon gout pour
> "junk", et qu'aucun terme (anglais ou autre) correct ("spam" n'est pas
> "junk") n'est présent dans l'usage, j'avais tendance à accepter la
> proposition du GDT.
>
> Pour "courriel", je l'aime bien aussi. Mais utiliser "message" est
> selon moi tout aussi bon (dans Mozilla en tout cas, puisque dans un
> navigateur internet, tout message est par défaut électronique ;-)).
Surtout qu'en anglais les deux termes ('email' et 'message') sont
utilisés dans Mozilla. Ca me parait normal d'avoir la même distinction
dans la traduction. Là où dans un environnement papier on utiliserait
"une lettre" on met "un message" et là ou on mettrait "le courrier" on
met "le courriel" tout simplement.
>> Au fait, petite parenthèse, il me semble que beaucoup de gens n'ont
>> pas compris à quoi servait le « Mél. » proposé par l'académie
>> française. Il s'agit non pas d'un mot à utiliser dans une
>> conversation « Tiens tu as reçu mon mél ? », mais d'une abbréviation
>> à utiliser sur les cartes de visite ou dans les annuaires au même
>> titre que « Tél. ». Et personne n'a jamais dit « J'ai reçu un tél ce
>> matin » mais plutôt « J'ai reçu un coup de téléphone ce matin ». Même
>> chose pour l'arobase/arrobe... Les gens se croient obligés de dire «
>> Écris-moi à jean-point-dupond-arobase-yahoo-point-comme » mais c'est
>> ridicule. C'est le _caractère_ qui a été appelé ainsi, comme &
>> s'appelle esperluète. Pourtant il ne viendrait à l'idée de personne
>> de dire « Quand j'étais petit j'aimais beaucoup regarder les dessins
>> animés de Tom esperluète Jerry ». & est une contraction de « et » en
>> latin, @ est une contraction de « ad » qui par chance (ou tout
>> simplement par une origine commune) se prononce comme « at » en
>> anglais et veut dire la même chose.
>
> Je confirme (c'est un point que j'ai également l'habitude de faire
> remarquer ;-)), sauf pour le @ prononcé "ad". C'est la seule chose sur
> laquelle j'accroche. Qu'on le prononce "at" ne me dérange pas (au
> contraire : je le fais moi-même) : c'est plus court, plus simple, etc.
> Mais je crois que dire qu'en français, on dit "ad", comme le /ad/
> latin, c'est se fourvoyer en cherchant une excuse tordue. Parce que
> /ad/en latin ne signifie pas "chez" ou "à", mais plutôt "vers" (donc
> un mouvement en direction de...).
Pour un courrier ce n'est pas plus mal finalement :-) Mais c'est vrai
que la signification n'est pas la même partout et que ça n'irait pas
dans un contexte de prix par exemple, alors que c'est couramment utilisé
en anglais (10p. @ £ 4).
Toutefois, je ne cherche pas du tout une excuse tordue, c'est un
professeur de français qui m'avait fait remarquer cette ressemblance à
l'époque, j'ai trouvé ça amusant et je l'ai retenu (j'ai eu tort de le
présenter comme un fait accompli effectivement). Elle trouvait qu'il n'y
avait pas de différence marquante de prononçiation entre les deux et que
ça pouvait aider les gens à accepter de prononcer ça 'at', comme je
pense qu'il est sain et pratique de le faire. J'ai lu il y a longtemps
l'explication de la naissance du @ typographique, qui se basait bien sur
le même genre de contraction que le & latin, même si contrairement à
celui-ci, il n'existait pas avant l'invention de l'imprimerie (je crois).
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